L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
Par cinerie in Critiques
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Pitch : 1881, Jesse James planifie sa prochaine attaque de banque. Son frère Franck s'est retiré du gang après la dernière attaque de train, bien décidé à raccrocher. La prime pour la capture du célèbre hors-la-loi atteignant une somme énorme, elle commence à attiser les convoitises au sein même du gang. C'est dans ce contexte tendu que l'admiration du jeune Robert Ford pour Jesse James va lentement évoluer jusqu'à l'assassinat... Mais qui est vraiment Jesse James, au-delà du folklore et du battage journalistique ? Et qui est ce Robert Ford qui a réussi à abattre l'homme que poursuivaient les polices de dix Etats ? Comment sont-ils devenus amis ? Que s'est-il passé entre eux durant les jours et les heures précédant cet assassinat ?
Avis : Autant le dire d'emblée : 'L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford' n'est pas un film facile. Faux western, mais vrai film sur l'Ouest, le deuxième long métrage d'Andrew Dominik, cinéaste australien auteur d'un 'Chopper' qui étudiait déjà les endroits sombres et torturés de la conscience d'un célèbre tueur australien, prend le spectateur totalement à contre-pied, ne suivant aucune des règles en vigueur dans le genre ou même dans le blockbuster. Rares sont les films actuels qui peuvent se permettre une telle liberté de ton sous le joug d'un grand studio, la Warner en l'occurrence.
'L'assassinat de Jesse James' est un film sans star, mais avec des personnages, on oublie bien vite Brad Pitt tant sa prestation éblouissante tout en finesse laisse entièrement la place à Jesse James, ou celle (trop courte) de Sam Shepard dans le rôle de Franck James. Sans action aussi, mais avec de brusques surgissements de violence crue. Les coups de feux sont rares, mais quand ils claquent le spectateur sursaute, surpris par ce bruit assourdissant d'un réalisme brut.
Andrew Dominik opte pour une mise en scène inventive utilisant tous les outils cinématographiques de narration classique pour un résultat surprenant, voire même halluciné. Après l'extraordinaire scène d'ouverture de l'attaque du train d'une beauté visuelle incroyable, nous présentant le personnage de Jesse James quasiment comme un fantôme (déjà), le réalisateur invite le spectateur dans une longue et magnifique balade contemplative à travers des décors de toute beauté, mais également à l'intérieur des personnages. Jusqu'à une fin volontairement grotesque qui rejoue sans cesse l'acte ultime de Robert Ford sur scène pour mieux souligner l'absurdité de la situation. On ne devient pas l'autre aussi simplement.
L'intériorisation des sentiments est mise en avant par les interprétations parfaites des deux acteurs principaux, Casey Affleck et Brad Pitt. Ce dernier délivre une prestation énorme. Trop de monde semble oublier que derrière sa 'belle gueule' surmédiatisée par son couple 'people glamour' se cache l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération. Pas étonnant non plus de le retrouver à la production du film aux côtés d'un certain Ridley Scott. Un artiste complet !
Moins connu que son frère Ben, mais très actif dans le milieu du cinéma indépendant américain, Casey Affleck crève littéralement l'écran par son... non jeu. Tout en réserve, le comédien a capté à merveille l'essence de son rôle, faisant de Bob Ford un personnage torturé constamment en retrait de son idole. L'acuité du jeu de Casey Affleck en fait un personnage tantôt attachant, tantôt repoussant. Un pantin totalement dans l'ombre de son modèle. Jamais la lâcheté n'avait été mieux retranscrite à l'écran. Casey Affleck sera prochainement à l'affiche du premier film en tant que réalisateur de son frère, 'Gone Baby Gone'. Un grand acteur en devenir à n'en pas douter.
N'oublions pas non plus de souligner l'excellente prestation de Sam Rockwell (La Ligne verte) dans le rôle de Charley Ford, le frère de Bob, et les apparitions délectables de Ted Levine ('Le silence des agneaux') et Michael Parks (un habitué de Tarantino).
D'une durée anti-commerciale de 2h39, le métrage de Andrew Dominik n'est jamais ennuyeux. Certes quelquefois un peu bavard, mais cela fait partie des partis pris du réalisateur. Mélancolique, lent, langoureux, magnifié par l'excellente musique de Nick Cave et Warren Ellis, le rythme participe autant à la réussite du film que les autres éléments soulevés dans ces lignes. Du vrai cinéma en quelque sorte, qui demande une participation du spectateur pendant et surtout après la projection. Et cela se fait rare actuellement dans le cinéma mainstream. A mille lieues des canons hollywoodiens !!! L'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur film de l'année. Rien de moins.